Marseille en bleu et noir

Dans cette ville immense où l’on circule difficilement, beaucoup de marseillais vivent, bien ou pas bien, repliés sur leur quartier, reliés au monde extérieur par un centre commercial où on va trouver ce qui manque, ravitaillement et loisirs. Les heures perdues pour aller travailler ou se former sont accablantes. 

La ville, la plage, les collines sont là mais ne profitent qu’à ceux qui peuvent bénéficier des heures favorables, ou affronter des transports publics éreintants.

Le droit à la ville partout et pour tous c’est rompre avec l’isolement, qui fracture la ville en ilots  

Des dizaines de milliers de logements insalubres ou carrément dangereux abritent mal les plus modestes. Des rues sordides sont visibles à quelques pas des grandes avenues au sud. Au centre, les ravalements financés sans contreparties par la métropole côtoient les immeubles en périls.  Au nord, ce sont des quartiers entiers qui se délabrent sans avoir jamais été terminés.

Loger tous les marseillais dans des conditions dignes en respectant la mémoire de la ville et sa beauté est  une priorité absolue.

Une bonne partie des écoles de Marseille sont dans un état déplorable. Faute d’entretien régulier, faute de rénovation, la ville accueille ses enfants dans des conditions indignes. La fuite organisée vers les écoles privées ou les « bonnes » écoles publiques permet de tenir.

Il faut inverser rapidement cette logique mortifère en donnant à toutes les écoles, et d’abord  à celles qui accueillent les enfants des milieux populaires les locaux et les moyens de réaliser les ambitions légitimes de toutes les familles pour leurs enfants.

La concertation citoyenne repose encore largement sur les CIQs, une institution qui date de 1924. Sans méconnaître la vitalité de nombre d’entre eux,  force est de constater le renouvellement du tissus associatif et la vitalité du mouvement citoyen. Le personnel politique est incapable de s’ouvrir à la concertation, préférant les petits arrangements clientélistes à l’ouverture. Peu de moyens, pour les associations, la ville, qui subventionne en toute opacité, ne dispose d’une seule cité des associations,  dans un triste état. 

Pour rénover au bénéfice des habitants, pour mettre en place un réseau de transports publics comparable à celui des autres grandes villes, pour construire et rénover les équipements publics indispensables, et d’abord les écoles,, il faut beaucoup d’argent, et vite.

Cette ville mal gérée et branlante, la plus polluée de France,  coute cher en souffrances. C’est Un mutualiser les moyens, de définir et de mettre en œuvre des projets à la taille des enjeux. Force est de constater l’abime entre l’avenir radieux du préfet Thery et la réalité.

Marseille doit bénéficier, dans tous les domaines, d’une priorité nationale. Toutes les grandes villes de France, Toulouse, Lyon, Strasbourg, Rennes, Lille, et même Nice se sont transformées en une génération. Du fait de ses édiles, Marseille est restée à l’écart, convaincus qu’un système archaïque mais qui avait fait ses preuves était leur seule garantie de survie. Et finalement, ils ont eu raison puisque qu’ils ont réussi à tenir 25 ans malgré leurs échecs répétés.

Et puis il y a eu le drame de la rue d’Aubagne, le rapport de la chambre régionale des comptes, l’annulation du PPP des écoles…On a vu dans cette ville résignée de grandes et de petites mobilisations citoyennes, et même le réveil des partis de gauche assommés par des échecs électoraux parfois bien mérités.

Il nous reste quelques semaines..

Hélène Goldet

L’heure des choix

Le 5 novembre 2018 a été une déflagration pour moi, comme dans toute la ville. Nous avons été quelques-uns à initier le Collectif du 5 novembre avec des militants venus de tout horizon. J’ai bataillé à leurs côtés pendant près d’un an, convaincue que nous pouvions désormais changer notre Ville. Convaincue que nous étions à une période de charnière, que l’ère Gaudin était devenue insupportable à un très grand nombre de personnes désormais déterminées.

J’ai, à ce moment-là, pris l’engagement ferme de tout mettre en œuvre pour battre les héritiers de Gaudin en mars 2020.

L’organisation des Etats généraux a été un axe essentiel dans cet objectif. 60 collectifs et associations ont élaboré une méthodologie qui devrait structurer durablement la vie démocratique de notre ville. Marseille a besoin de collectifs et associations qui jouent un rôle central. Marseille a également besoin que les élus soient des citoyens comme les autres, engagés dans les combats de leur Ville, travaillant à faire émerger des propositions des collectifs et en les associant aux prises de décisions, tout en respectant les engagements pris devant les Marseillais au moment de l’élection.

Que se passe-t-il depuis septembre dans les arcanes de la fabrication de listes pour les élections de mars ? Malgré sa situation hautement singulière et dramatique, Marseille ne peut pas se dégager d’un contexte politique national déplorable.

Nous pouvons le regretter.

Et nous pouvons regarder là, où l’espoir arrive.

Alors que nous nous battons depuis plus d’un mois contre la nouvelle réforme des retraites du gouvernement Macron, l’ensemble des organisations politiques de gauche se réunissent derrière une pétition. En attaquant violemment les droits des Français, le gouvernement Macron réussit le tour de force de permettre à tout un pan de la société française de se retrouver derrière une vision commune.

A Marseille, le travail est en cours pour en donner un prolongement politique avec le Printemps marseillais.

Je me suis engagée aux côtés de 50 autres personnes dans un texte « l’union, il est temps » dans un texte soutenu par plus de 1000 personnes. Et je continue à porter cet enjeu. Force est de constater, que le rassemblement aujourd’hui est du côté du Printemps. A ceux qui trouvent cela imparfait, flou, peu lisible, je ne peux leur répondre que je n’ai qu’un seul objectif : mettre toutes mes forces dans la bataille pour que Vassal et Ravier ne soient pas élus en mars 2020. Il est impératif aujourd’hui de changer l’équipe qui dirige Marseille sans la gouverner en renforçant une dynamique rassembleuse et qui se veut majoritaire.

Le bilan nous le connaissons tous. Si Vassal prend la suite, sa politique nous la connaissons.

A la dernière élection municipale en 2014, je me suis engagée sous la bannière du Front de Gauche. Depuis, mon engagement politique avait pris du plomb dans l’aile, malmené par une transition du parti de Gauche vers la France insoumise. J’ai bien tenté de rester dans une forme collective mais la forme gazeuse du mouvement et le populisme théorisé ont fait de moi une « compagnon de route » et non une insoumise. Terme par ailleurs que je ne pouvais utiliser, trop éloigné d’une certaine vision de mon engagement politique. J’ai donc été disponible, quand l’on avait besoin de moi, comme des milliers de Marseillais qui ont cru en 2017 à la candidature de Jean-Luc Mélenchon et qui en ont fait le 1er candidat des Marseillais. Nous avons ensuite cru qu’un député de la France insoumise pourrait aider Marseille.

En janvier 2020, à l’heure des choix, je ne peux qu’être disponible pour une liste d’une gauche rassemblée qui veut porter une alternative à la tête de la Ville. Mon combat est celui du logement digne, du droit à la ville, du service public pour tous, de l’école publique, de la lutte contre la précarité.

Il nous faut désormais permettre l’aventure, la possibilité de nouvelles équipes, de nouveaux espoirs. Le pari à prendre n’est pas risqué ! Rien ne peut être pire que ce que nous connaissons.

Marie Batoux